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samedi 21 janvier 2023

ADIEU MAMAN CHÉRIE



    
Le 21 janvier 1934 à Mazagan-El Jadida, naissait Leïla, fille aînée de Rabea Chraïbi et de Reddad Benallal.

    Le 12 décembre 2022 s’éteignait Leïla Benallal-Messaoudi, son heure étant venue de rendre son âme à Dieu.

    Ses fils, sa famille et ses proches ont perdu une mère, une parente infiniment chère et une incomparable amie.

    Mais dans le ciel de l’au-delà, son étoile brille désormais d’un incomparable éclat.

    Tandis que dans les bibliothèques et les librairies, les deux livres qu’elle a publiés et ceux auxquels elle a contribué perpétuent les lumières de sa culture et de son esprit : le premier consacré à l’art de vivre marocain dans toutes ses manifestations ethniques, le deuxième aux proverbes et dictons marocains adaptés en langue française.

    On lui doit de plus l’adaptation en français du recueil de proverbes et dictons marocains recensés par Abdessamad Kenfaoui, dont elle avait fait la connaissance lorsqu’elle était toute jeune fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères et qu’il était en poste à l’ambassade du Maroc à Paris. Sans oublier sa contribution à l’encyclopédie du Maroc, conjointement avec Mohammed Larbi Messaoudi, son mari.






    Elle laisse également derrière elle un manuscrit dont elle finissait de corriger les épreuves et qui traitait des expressions idiomatiques en langues arabe marocain et française. En espérant que son éditeur sera en mesure de mener ce projet d’édition à son terme en dépit de sa disparition…

    Leïla Benallal Messaoudi fut en effet une passerelle culturelle et civilisationnelle entre le Maroc d’expression arabe dans la spécificité de la langue populaire marocaine, et la France dans sa langue la plus académique et la plus belle.

    Ce qui se comprend aisément lorsque l’on sait qu’elle est la fille d’un homme qui avait choisi comme philosophie pour lui-même et comme pédagogie pour ses enfants de ne prendre que le meilleur de toutes les influences étrangères au Maroc, celle de la France en tout premier lieu, afin de l’allier au meilleur de ce que le Maroc pouvait être.

    De son éducation française, elle aimait d’ailleurs évoquer, avec reconnaissance et non sans humour, ses souvenirs d’écolière au temps du Protectorat, dans l’une de ces classes où se côtoyaient des enfants français et marocains ; reconnaissante des trésors de la culture occidentale auxquels la langue française lui avait donné accès mais non sans malice au sujet de ces Gaulois qui étaient soudain devenus ses ancêtres à elle aussi et de cette Marseillaise qu’elle avait appris à chanter comme si la France était sa mère-patrie. Jusqu’à ce « Maréchal nous voilà… » qu’il avait bien fallu qu’elle déclame en ce temps-là.

    Mais comment la culture française aurait-elle pu la déraciner de son double terroir, Fassi d’un côté du Maroc et Doukkali de l’autre ? C’est ainsi qu’elle avait entrepris de mettre les prodigieuses ressources de la langue française au service de l’identité et de la culture authentiquement marocaines, en se rendant disponible chaque fois qu’elle était sollicitée à ce sujet.

    Leila Benallal Messaoudi s’en est donc allée rejoindre ses chers disparus dans la grâce du Tout-Puissant, l’âme et la conscience en paix.

    En tant que femme, elle avait incarné avec constance les plus hautes vertus féminines ; en tant que citoyenne, elle avait commencé de faire carrière dans la diplomatie en contribuant pour sa modeste part au rayonnement de son pays à travers le monde ; en tant qu’épouse elle s’était engagée aux côté de son mari pour le meilleur et pour le pire ; en tant que mère, elle avait prodigué à ses enfants et à tous ceux qu’elle considérait comme tels, les trésors de son amour de sa sagesse et de sa culture ; en tant qu’intellectuelle enfin, elle avait porté très haut l’étendard de l’identité culturelle marocaine en produisant des ouvrages qui s’étaient tous imposés comme des références en la matière…

    C’est pourtant une femme infiniment humble et modeste qui vient de nous quitter, qui n’avait aucun goût pour la gloire ni la célébrité et savait se contenter pleinement du plaisir qu’elle prenait à chacun de ses ouvrages, qu’il s’agisse de littérature ou de jardinage…

    Adieu maman chérie… En ce jour anniversaire de ta naissance bénie, je me souviens des cadeaux que tu nous as offerts et à moi, l’aîné de tes fils, en particulier.

    Tout d’abord tu m’as enseigné le droit à l’indignation et le devoir de résister à l’oppression.

    Surtout, je te dois la sagesse de commencer par se rendre maître de soi-même avant de prétendre à la maîtrise du monde.

    Enfin, tu m’as appris à « me hâter lentement et sans perdre courage, vingt fois sur le métier remettre mon ouvrage, le polir sans cesse, le repolir, ajouter quelquefois et souvent effacer"

Adieu donc maman chérie. Plaise à Dieu que tu reposes en paix.



Driss Benallal-Messaoudi



POST-SCRIPTUM

Au cours des cinq dernières années de sa vie, Leïla B.M. s’était passionnée et mobilisée au service des enfants de la Qasba de Mehdya, ce village de la banlieue côtière de Kénitra qu’elle aimait particulièrement…


Il s’agissait d’un programme pilote d’assistance scolaire, d’animation culturelle et d’action sociale, conçu et mis en œuvre par l’Atelier d’action culturelle et sociale », un collectif d’ingénierie d’action citoyenne;


En effet, elle avait trouvé là une magnifique occasion de mettre à profit son expérience acquise successivement dans l’enseignement, la culture et la bienfaisance sociale, elle qui avait travaillé dans l’une des toutes premières écoles privées de Casablanca, avant d’être en charge de l’animation culturelle d’une librairie puis de s’engager bénévolement au service des enfants d’un orphelinat.


Leïla Benallal-Messaoudi était ainsi devenue « Khalti » Leïla , la tante de cœur des enfants d’un quartier de la Qasba de Mehdya… Et c’est très volontiers qu’elle avait accepté d’être la Marraine de l’école-atelier « L’Oliveraie- Fi Sabil AllaH », au cœur du dispositif de cette action multidimensionnelle associant mise à niveau scolaire, animation culturelle, création artistique et formation pratique aux métiers de la communication en général et de l’édition en particulier.


Elle avait été convaincue et même enchantée par le concept d’une mise à niveau en français basée sur les fondamentaux alphabétique phonétique et syntaxique de cette langue, convaincue qu’au Maroc le français est bien davantage perçu et pratiqué comme une langue étrange que comme une langue étrangère.


Elle avait donc investi toute son expérience en matière d’enseignement du français dans la méthode pratiquée par l’école-atelier afin de contribuer à en perfectionner la pratique. Sur la base d’un concept élémentaire, celui de l’apprentissage par la pratique créative autant que récréative.


Ce qui lui avait valu un jour l’immense joie et une aussi grande fierté de constater les progrès du petit Youssef qui non seulement avait fini par maitriser la complexité mécanique et phonétique de l’alphabet du français mais en plus s’était révélé un conteur d’histoires débordant d’imagination, au point de s’être imposé comme apprenti en scénarisation…




5 commentaires:

  1. Un bel hommage à une belle personne, modèle d‘amour et de générosité! Merci pour ce texte émouvant

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  2. Un hommage touchant qui témoigne de l'amour et des valeurs transmises, par une grande dame de la culture à son fils chéri.
    Que son âme repose en paix.
    Mes condoléances à Ssi Driss et à sa famille.
    Tarik B.

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  3. Que peut-on ajouter à cet hommage si émouvant d'amour et de sincérité. Une femme exceptionnelle, alliant grâce, sérieux et humour. Une dame dont l'intelligence, la culture, la générosité, la probité, la modestie, l'attachement aux principes et aux vraies valeurs ne sont plus à prouver. Ayant vécu auprès d'elle pendant deux années consécutives, quoi que je dise , je ne pourrais jamais exprimer toute l'estime et la considération, bien fondées, que je ressens pour elle. Une parente, une amie, une sœur qui nous quitte laissant un vide difficile à combler.
    Puisse Dieu l'avoir en sa sainte miséricorde .
    Fatma Chraïbi

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  4. Tous mes condoléances à mes petits frères
    C’est aussi mon amie ma sœur m’a mère
    Elle m’a fait comprendre que la vie c’est
    Toujours une nouvelle page pour avancer rien n est impossible

    Adieu notre mère aimee
    Abdellah rholab

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  5. De tout coeur avec toi cher Driss. Je sais ce que c'est de perdre une mère aussi remarquable. Que Dieu la bénisse et la prenne en sa sainte miséricorde. Elle a laissé en toi un héritage inestimable à travers ta maîtrise de la langue. Très bel hommage de ta part
    Allah iybeddel mhebtha bé sbbar

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