Dimanche 26 juin, Qasba de Mehdya, avenue Moulay Ismaïl, secteur III.
Ce ne sont vraiment plus les terrains de football qui manquent aux enfants de la Qasba, depuis que l'INDH a permis de financer les trois terrains de Mini-Foot mitoyens de la Maison de la Jeunesse.
Mais il ne devrait pas y avoir que le football dans la vie, les loisirs et l'imaginaire des enfants...
Heureusement, il y a ceux, parents et enfants, qui ont compris l'utilité de l'Oliveraie pour sortir de la routine et de l'ennui, en plus de ce que l'école-atelier leur permet de rattraper les retards d'apprentissage scolaire, particulièrement en langue française.
Ce dimanche, Khadija, Mohammed et Houssam découvrent en arrivant le travail réalisé par Youssef la veille : l'histoire illustrée d'un pêcheur qui se fait dérober par un chat le poisson dont il comptait faire son déjeuner et qui finira par se venger en attrapant le matou et en lui tranchant le cou !
En précisant que Youssef, dont le père est marin-pêcheur, n'a pas la moindre indulgence pour les chapardeurs...
Mais peu importent au fond les péripéties de l'histoire. L'essentiel étant que les enfants fassent l'effort d'une rédaction maitrisée dans la langue de leur choix.
En l'occurrence, pour Youssef, l'arabe classique, coranique et littéraire. Car c'est la seule qu'il est capable d'utiliser pour s'exprimer par écrit, dans la mesure où étrangement il n'est pas capable de transcrire la langue marocaine qu'il emploie au quotidien...
Cela tient à ce qu'en réalité, il ne maitrise pas véritablement la mécanique mentale consistant à associer des signes alphabétiques aux sons spécifiques d'une langue donnée, comme si son cerveau s'était verrouillé sur la configuration : arabe classique à l'écrit et arabe marocain à l'oral. Quant à écrire et parler le français, il en est encore absolument incapable.
D'ailleurs il est toujours aussi surpris de découvrir chaque nouveau mot français marocanisé dans le flot de plus en plus hybride de la "darija", la langue vernaculaire marocaine.
Le travail réalisé par Youssef a incité Khadija à se surpasser elle aussi.
C'est pour elle l'occasion d'apprendre que la figurine de l'animal qu'elle a choisi comme personnage central de son histoire porte le nom de "licorne" en français et qu'il s'agit d'un animal imaginaire et mythologique; l'occasion également de découvrir qu'en français, la consonne "H" ne sert pas qu'à altérer le son d'une autre consonne comme le "C" qui devient "CH" mais aussi, dans le cas du "TH" de "mythologie", à signaler l'origine grecque de ce mot...
Enfin, après avoir rédigé son histoire en arabe classique, c’est très
volontiers que Khadija se soumet à l’exercice intellectuel de la raconter en arabe marocain, sa langue maternelle qu’elle
emploie au quotidien.
Elle a compris que le plus
important est d’être en mesure de composer des phrases précises et
compréhensibles comportant au moins un sujet, un verbe et un complément ;
et en faisant œuvre d’autant de technique que d’esthétique, selon le principe :
quand c’est bien, c’est beau et quand c’est beau c’est bien…

L’émulation a fait son effet, Mohammed s’est pris au jeu lui aussi en faisant de son mieux pour dessiner la tortue articulée et bariolée qu’il a choisi comme personnage de son histoire. Petit à petit, il a appris à observer attentivement chaque détail du modèle afin de le reproduire par le dessin. Quitte à recommencer inlassablement jusqu’à être lui-même satisfait du résultat. Et s’attaquer ensuite à son second personnage, un monstre extra-terrestre…
Houssam pour sa part s’est efforcé de maintenir sa concentration sans se laisser distraire par quoi que ce soit de son effort d’imagination créative.
Il en est récompensé par son sentiment d’intense satisfaction que lui vaut son dessin achevé : deux personnages, un extra-terrestre et un poisson et deux accessoires, une barque et un cornet de frites ; ainsi que le texte de l’histoire, qu’il a rédigé lui aussi en arabe classique.
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Lundi 27 juin
Un nouvel équipier est venu se rendre utile à l’Oliveraie !
Ismaïl est ingénieur en bâtiment de formation, infographiste autodidacte et artiste-dessinateur dans l’âme.
Son expérience dans l’enseignement lui a donné le désir et la motivation de contribuer aux prestations et activités de l’école-atelier en tant que formateur à la pratique du dessin.
C’est lui qui, à ce titre, supervisera la mise en œuvre du projet de réalisation du tout premier recueil d’histoires illustrées qui sera publié par l’Oliveraie dans sa fonction de coopérative artisanale.
À la façon des Contes des Mille et Une Nuits, il s’agira d’un ensemble de sept histoires illustrées, reliées par le fil rouge de sept nuits successives, au cours desquelles un groupe d’enfants capturés par l’Ogresse de la forêt –le petit bois d’Eucalyptus de la Qasba- lui raconteront chacun une histoire afin de retarder le matin où elle les dévorera…
Ismaïl a donc entrepris de dessiner une série d'ébauches graphique du personnage de l’Ogresse, afin d’amorcer l’imagination des enfants
et de les inciter à faire aussi bien voire mieux!
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Samedi 2 juillet

L'école est terminée, le temps des vacances est arrivé ! Mais Youssef doit encore attendre son résultat, qui lui sera donné après la fête, pour savoir s'il pourra en profiter la conscience en paix et en toute fierté!
D'ailleurs les activités de l'école-atelier ont pour lui un goût de loisirs d'été, même si c'est toujours le même effort de concentration et d'application qui lui est demandé, quelle que soit l'activité...
Par exemple, lorsqu'il s'agit de dessiner les personnages d'une de ces histoires qu'il prend désormais un immense plaisir à imaginer, mettre en scène et rédiger.
Mais qu'il est difficile de dessiner un canard jaune même aussi peu sophistiqué que celui-là!
Surtout lorsque l'on ne fait pas suffisamment l'effort d'observer très attentivement les détails de l'objet.
Et qu'il faut donc recommencer, autant de fois que nécessaire afin de parvenir à une représentation la plus fidèle possible.
Dimanche 3 juillet
Khadija, Doua, Houssam et Mohammed sont de plus en plus enthousiastes à l'idée de contribuer au recueil d'histoires qui mettra en scène un groupe d'enfants capturés par l'Ogresse de la forêt.
Ils ont surtout la satisfaction de mettre en pratique ce qu'on tente de leur apprendre à l'école sans pour autant les mettre en situation de pratiquer concrètement leurs savoirs acquis.
C'est précisément ce qui leur plaît le plus à l'Oliveraie, cette école-atelier qui fait d'eux des élèves autant que des apprentis...
Il s'agit donc de faire en sorte que les livres d'histoires illustrées réalisés par ces écoliers puissent être lus par tous les enfants de la Qasba de Mehdya... pour commencer.
C'est d'ailleurs l'un des objectifs visés par la dimension coopérative de ce modèle pilote d'assistance scolaire, d'animation culturelle et d'action sociale : qu'il soit productif et suffisamment rentable pour financer la gratuité des prestations essentielles offertes à ses bénéficiaires.
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