Une expérience pilote d’ordre pédagogique, social et culturel est en cours au cœur de la Qasba de Mehdya.
Elle a commencé à l’initiative du directeur de la Maison des Jeunes de la Qasba par la création d'un "Club de Communication en langue française"
JEUNESSE, SPORTS ET CULTURE : RÉALITÉS DU TERRAIN… (centerblog.net)
et se poursuit actuellement, animée par le même intervenant, au sein de la classe de soutien scolaire de Mme Aziza el Meskini, située dans l’une des ruelles du secteur 3 de Mehdya.
Cette action pilote vise deux objectifs essentiels:
- Rattraper les retards d’apprentissage, dans la langue de Molière et de Driss Chraïbi, des élèves des écoles publiques et privées.
- Enseigner rigoureusement et tout aussi efficacement la langue française à des apprenants arabophones, compte tenu de la difficulté qu’ils ont à prononcer correctement les sons du français
Elle s’effectue au moyen d’une méthode pilote d’enseignement du français, mise au point par l’Atelier d’action culturelle et sociale-AtACS, qui a déjà à son actif la conception et la mise en œuvre du programme « Dis-le dans ton livre » au sein de la Maison des Jeunes d’Ouled Oujih, pour le compte de l’association « Action Graines de Civilisation » fondée à Kénitra en 2017.
ATELIER GUTENBERG : DANS LES YEUX D’AÏCHA… (centerblog.net)
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L'approche retenue par l'équipe de l'AtACS part du principe que cette langue leur est beaucoup plus étrange qu'étrangère. Cela dans la mesure où leur langage quotidien, la fameuse "darija", est truffée de mots français accommodés à la sauce marocaine, sans que pour autant, ils soient capables d'en prononcer les sons spécifiques correctement...
Surtout il est très difficile de leur faire comprendre pourquoi en français, un même son peut s'écrire de multiples façons ?
Et pourquoi les vingt-six lettres de l'alphabet de la langue française ne suffisent pas à permettre de la lire car ce sont en réalité près d'une centaine de signes alphabétiques distincts qu'il s'agit de maitriser, de A à Z , de AI à YM et de À à OUIL.
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L'incapacité de prononcer distinctement le "G" et le "J" fait d'ailleurs partie des lacunes et des défaillances les plus courantes parmi ce que les tests de niveau permettent de révéler.De ce point de vue, les élèves de ce cours spécial de mise à niveau en français ont beau être dans des classes différentes, ils sont logés à la même enseigne: connaissance lacunaire de la langue et pratique très approximative.Et bien que d'eux d'entre eux soient scolarisés dans des établissements privés, ils sont globalement incapables de réciter correctement l'alphabet français; ce qui est admissible pour Ritaj en grande maternelle ainsi qu'Oumniya et Jannat après un mois de classe de cours préparatoire mais s'avère problématique à plus d'un titre pour le reste de la classe.Quant à Aya, en première année de collège, la seule règle de grammaire française qu'elle a retenue de son cursus primaire se rapporte au verbe avoir, qu'elle énonce en langue marocaine, ce mix d'arabe marocain et de français popularisé par les médias et la publicité :"Ila khdina le verbe auxiliaire avoir ou conjuguinaH fle passé composé, ka itRayyrou el hourouf anniHaiyya dialou".
Cela suffit déjà à expliquer le découragement et l'indifférence des enseignants confrontés dans leurs classes à une majorité d'élèves souffrant d'un tel handicap.
Cela explique également pourquoi les cours de soutien dispensés en dehors de l'école font globalement l'effet d'un pansement sur une jambe de bois - à part l'occasion qu'ils donnent à toutes sortes d'enseignants de gagner beaucoup d'argent- faute de la pédagogie et du temps nécessaires pour ré-enseigner le français à chaque élève en fonction de son niveau de lacune ou de retard d'apprentissage.
Les encadrants de ces cours de soutien se contentent généralement de leur fournir la solution des exercices scolaires, que leur clientèle d'élèves n'a plus qu'à recopier sans avoir besoin de les comprendre, pour qu'enseignants et parents soient satisfaits.
Cela explique pourquoi on en arrive finalement à entendre un étudiant universitaire parler d' "épéstémologie", au mépris innocent de la spécificité phonétique et de la rigueur orthographique de la langue française, tandis que leurs petites sœurs et petits frères sont très fiers d'annoncer qu'à l'école, ils ont commencé à apprendre "lizalfabi"... au mépris coupable de leurs enseignants pour la mécanicité du langage articulé des lettres de l'alphabet. C'est en somme le b-a-ba de l'enseignement du français qu'il s'agit de refonder, en commençant par la rigueur de sa prononciation, sachant que les Marocains sont réputés pour leur capacité à pratiquer couramment les langues étrangères...
Accessoirement, tout cela explique pourquoi la classe de soutien scolaire en français de Mme el Meskini est gratuite : il s'agit en réalité d'une action d'utilité collective voire de salut public. Ce qui devrait donner matière à réfléchir aux nouveaux élus en panne de solutions de service public; sachant que depuis peu, dans les écoles publiques, des séances de révision sont proposées aux élèves en plus de leurs heures de classe, au sein même de leurs établissement et bien entendu, gratuitement...
Il s'agissait en effet d'empoigner le taureau par les cornes après avoir pris l'exacte mesure de toutes les dimensions du problème: psychologique, pédagogique, sociale, économique et culturelle.
C'est ainsi que les élèves de notre classe pilote ont tout d'abord été confortés dans leur sentiment que la langue française était excessivement étrange et compliquée.
En leur confirmant que les Français eux-mêmes aimeraient bien la simplifier... Mais qu'ils en sont empêchés par la tradition établie et imposée depuis des centaines d'années par une assemblée d'experts nommée l'Académie française.
Et que c'est en vertu de cette tradition que tant de mots français s'écrivent d'étranges façons, notamment lorsqu'il s'agit de tenir compte ou de signaler l'origine grecque ou latine par exemple, des mots en question.
10h30. Khadija, Doua, Houssam,
Mohammed et Seyfeddine frappent à la porte de l’Oliveraie pour réclamer une
séance de travail. Ce qui les attire, c’est le plaisir d’imaginer une histoire
à partir de figurines et de jouets et de la dessiner mais aussi d’apprendre à
la rédiger…
Au
passage, ils sont fiers de faire remarquer qu’ils ont fait l’effort de s’habiller
comme pour aller à l’école : ni claquettes, ni pantoufles, ni pyjamas! Sachant qu'il est beaucoup moins difficile de leur apprendre à lire et à écrire qu'à se discipliner...
Que serait une séance de
travail sans biscuits fourrés au chocolat ?
Une fois n’est pas coutume et puisque
ça n’est pas tous les jours dimanche, cette fois-ci le réconfort a précédé
l’effort !
Au programme de la séance, la
création d’une nouvelle histoire à partir des figurines et des accessoires de
« La Famille des Jouets abandonnés »….
Incapables de se concentrer plus de cinq minutes d’affilée, Mohammed et Houssam ont préféré aller jouer dehors… Mais Doua et Khadija sont bien décidées à réaliser leur toute première histoire et elles se prennent également au jeu de former à leur tour le petit Seyfeddine.
Les enfants ont choisi les sept figurines et accessoires de leur histoire avant de se concerter pour la conception du scénario… Il s’agit à présent d’imaginer l’histoire la plus extraordinaire possible mettant en scène : un pilote, son avion, son hôtesse de l’air, un chef indien, un extraterrestre, une tasse de café et un cornet de frites…
1ère étape : dessiner les personnages et les accessoires de l’histoire.
Le dessin d’après modèle est un moyen très agréable pour les participants de se mettre dans le bain de l’effort créatif. Ils découvrent ainsi que dessiner rigoureusement demande un effort soutenu…
Mais à force de s’appliquer ils finissent par se réjouir d’être de plus en plus capables de se concentrer sur les détails des objets à dessiner, de se les représenter mentalement et d’en reproduire les formes précises.
Toute l’utilité en somme d’une
activité d’éveil psychologique et intellectuel.
L’histoire imaginée par Khadija et Douaa a été rédigée en arabe marocain. Elles sont encore très loin de maitriser l’arabe classique et encore moins le français comme outil de communication.
Mais les élèves-apprentis comprennent vite que l’essentiel est d’être capable de composer une série de phrases précises, à l’aide d’au moins un sujet, un verbe et un complément. Et que c’est précisément cette mécanique linguistique qu’ils doivent maitriser au moyen des histoires qu’ils prennent plaisir à imaginer.
Sachant qu’une fois le synopsis mis au point, il pourra être la base d’un travail de rédaction-traduction-adaptation en d’autres langues, du français au tamazight…
Quant à l’histoire en question, elle a le mérite d’une fin inattendue : l’Indien et l’extraterrestre sont les passagers de l’avion ; pendant le vol, l’hôtesse vient leur demander ce qu’ils désirent consommer, le premier demande un café et l’autre commande des frites qu’il trouvera finalement meilleures que sur sa planète…
À la surprise des auteures qui
pensaient en avoir fini avec cette étape, impatientes d’en arriver à la
réalisation du livre qu’elles pourront emporter chez elles, elles sont
félicitées pour l’effort créatif mais encouragées à imaginer encore mieux et
surtout encore plus surprenant.
C’est le moment difficile où il s’agit d’inciter les enfants à se surpasser, à faire mieux que bien alors qu’ils estiment en avoir assez fait.
La 2e étape,
celle de l’atelier de scénarisation, vient ainsi de commencer.
Elle est amorcée par la question de savoir ce que le personnage d’un extra-terrestre fournit à priori comme pistes de scénarisation.
Ce qui aboutit finalement à l’idée que l’extraterrestre, privé de sa soucoupe volante, est probablement à la recherche d’un moyen de retourner sur sa planète.
Ce qui explique sa présence dans l’avion en tant que passager clandestin, évidemment.
À partir de là, on en arrive vite à imaginer qu’en allant chercher la café et les frites réclamées par le chef indien, l’hôtesse a découvert l’extraterrestre caché dans la cuisine et dès lors, il ne restait plus qu’à convaincre le pilote de le déposer à la frontière de l’atmosphère de la terre pour qu’il puisse prendre une fusée-taxi et retourner sur sa planète et dans sa galaxie.
Mais comment donner au petit avion la puissance nécessaire pour voler aussi haut ?
C’est alors que le chef indien a l’idée de fixer les plumes d’aigle de sa couronne aux ailes de l’avion... Ce qui fut fait !
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Vendredi 19 novembre 2021
Dernier jour de vacances de fin de 1er trimestre. Ceux qui espéraient que les enfants profiteraient de cette semaine pour réviser et consolider leurs acquis et stimuler leur intelligence et leur créativité, en seront pour leurs frais. Car ils se sont livrés à cœur joie au jeu et à l’amusement, du football à la toupie, en se gavant de friandises en tous genres, des chips salées aux sucettes sucrées… Avec un mot d’ordre qui ressemble beaucoup à : les cahiers au feu et la maîtresse hors jeu !
Pas étonnant que dans un tel climat, Youssef, Houssam, Douae et les autres aient déserté la classe de Mme El Meskini et l’atelier de l’Oliveraie… Sachant que dans la rue, rien n’est prévu pour encadrer les enfants et leur proposer des animations dignes de ce nom et que la Maison des Jeunes de la Qasba est généralement fermée.
Or que demandent les gens ? Avant tout, de disposer de prestations sociales au bénéfice de leurs enfants, en marge des prestations scolaires. À commencer par les classes de révision et de soutien, jusqu’à l’encadrement des enfants dans la rue. Avis aux élus communaux !
Avec pour enjeu l'épanouissement des enfants quelle que soit la condition sociale de leurs parents.
Samedi 20 novembre 2021
C’est aujourd’hui la journée mondiale de l’Enfant, créée en 1954 sous l’égide de l’ONU et célébrée
chaque année le 20 novembre afin de promouvoir le respect et les droits des
enfants. Le 20 novembre marque également le jour de l’adoption par l’Assemblée des
Nations Unies de la Déclaration des droits de l’enfant en 1959, et
de la Convention
relative aux droits de l’enfant en 1989. Depuis 1990, la Journée mondiale
de l’enfance marque également l'anniversaire de l'adoption la Déclaration et de
la Convention relative aux droits de l'enfant.
Ce qui intéresse Youssef, ce qui le motive énormément depuis quelques temps, c’est d’imaginer une nouvelle histoire à partir des personnages et des accessoires de la Famille des jouets abandonnés...
... à suivre !




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