Aux dernières nouvelles, c'est le publicitaire marocain Noureddine Ayouch, en sa qualité de président d'une fondation éducative et sociale et d'ancien membre du Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique, qui a donné son avis : il est temps de rémunérer les enseignants du secteur public à la hauteur de l'importance de leur fonction. Quitte à sacrifier d'autres programmes et d'autres budgets d'investissement...
Parce que de toute évidence, on ne peut plus compter sur l'esprit de la fonction publique de service à la nation, à ses enfants en l'occurrence... L'état d'esprit de ces enseignants que motive avant tout le sentiment du devoir accompli, eu égard aux enjeux nationaux de civilisation et de développement de l'enseignement. Et qui fait d'eux, par vocation, les premiers soldats de la monarchie.
Sauf que lorsque M. Ayouch invite à une "concertation plus efficace" entre les syndicats et les coordinations afin de "se mettre d'accord entre eux et désigner un ou deux interlocuteurs pour discuter avec le gouvernement" dans la mesure où "cette approche plus structurée faciliterait la communication et renforcerait la représentativité des enseignants dans les discussions, permettant ainsi des négociations plus transparentes et productives", il néglige un peu trop le fait que les enseignants en grève ont fini par comprendre que les instances syndicales partisanes font partie depuis longtemps du problème plutôt que de la solution...
Geler n’est pas
légiférer
Sur un mur de la Qasba de Mehdya, les enfants dessinent parfois autre chose que les crânes grimaçants coiffés d'une crête verte dont les Ultras kénitréens ont fait leur emblème.
L'indulgence est donc de mise pour les ج ح et خ tracés à l'envers...
Lundi 4 décembre 2023, 1er jour des vacances scolaires de milieu d’année.
Sur le front de la contestation du nouveau statut des enseignants instauré par le gouvernement, l’annonce de son « gel » a suspendu les hostilités mais les contestataires n’ont pas désarmé pour autant.
" برّدو اصّوقْ بلْغميقْ " Avec le gel du nouveau statut des fonctionnaires de l'enseignement public, ils ont calmé le jeu par une entourloupe... soupire Fathallah S., 43 ans dont 14 en tant que professeur.
Pour lui, pas question de faire marche arrière. D'autant qu'il est convaincu que le mouvement de contestation qu'il qualifie de "hirak" a déjà eu deux immenses mérites : démontrer que les syndicats n'était plus dignes de la confiance des enseignants d'une part et d'autre part déclencher un solide mouvement de solidarité confraternelle : "le statut unifié nous a unifiés en effet" sourit-il en dépit de l'amertume qui inspire ses doléances.
Tout d'abord et pour le principe, la dénonciation du "gel" d'un statut qui devrait être aussi officiellement aboli qu'il a été instauré.
Puis dans la mesure où l'exercice du droit de grève est garanti par la Constitution, le remboursement des retenues sur salaire des enseignants grévistes.
Mais plus que tout, il s'agit d'obtenir une révision de l'esprit de cette réforme qui comble d'avantages financiers les responsables administratifs des établissements scolaires mais néglige de gratifier autant les enseignants.
Enfin, il s'agit pour eux de dénoncer la nouvelle logique d'institution d'établissements pilotes privilégiés en termes de moyens matériels, ce qui aboutit à faire de la règle une exception et d'autant plus scandaleusement que ces écoles-là seront payantes...
Jeudi 7 décembre
Aux dernières nouvelle, le ministre du Budget vient d'annoncer une hausse des salaires des enseignants...
Restent les revendications non salariales des fonctionnaires de ce département de l'action gouvernementale, en particulier la considération particulière qu'ils attendent eu égard à l'importance vitale de leur fonction pour la nation.
Sachant que depuis le temps que les pouvoirs publics multiplient les réformes vaines, que les syndicats d'enseignants font de leur pire pour continuer à prétendre représenter les syndiqués, que les enseignants ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes pour défendre leur statut, que les associations de parents d'élèves font de leur mieux pour que leurs enfants aient une scolarité digne de ce nom, le niveau qui n'en finissait pas de baisser vient d'atteindre un niveau alarmant... Celui du classement PISA qui vient recadrer le débat : il y a urgence à remédier à la médiocrité des apprentissages....
En tout premier lieu, il faudrait "geler" également la consigne donnée aux enseignants d'éviter de faire redoubler leurs élèves.
Quant aux apprentissages à proprement parler, le problème posé par l'enseignement de la langue française attend sa solution.
Qui consisterait sans doute à cesser de considérer le français comme une langue "étrangère" au Maroc pour assumer enfin sereinement notre francophonie.
Avec, pour ce qui est de la méthode d'enseignement, la mise au rebut de la calamiteuse "méthode globale" qui dans l'état actuel des choses permet surtout de camoufler les retards d'apprentissage dans cette langue, dans la mesure où elle incite les apprenants à mémoriser phonétiquement et réciter les textes au lieu de les déchiffrer et de les lire, lettre par lettre, syllabe par syllabe et mots par mots.
Mais à présent que les enseignants seront payés convenablement, que les syndicats d'enseignants ont été bien forcés de revoir leur copie partisane et clientélique, et que les familles et parents d'élèves ont pris conscience de tout ce qu'ils ont contribué à la dérive catastrophique de l'enseignement public, on peut raisonnablement espérer pour les enfants de la nation qu'ils pourront à nouveau compter sur enseignement public gratuit et de bonne qualité.


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire