le président de
la Turquie Redjep
Tajip Erdogan continue à considérer l'Afrique comme une zone d'influence
de l'empire néo-ottoman qu’il s’emploie à ressusciter.
Pour parvenir à
ses fins, la Turquie fait feu de tout bois : moyens religieux,
économiques, politiques et militaires. Ce à quoi s’ajoutent les organisations gouvernementales
telles que l'agence Turque de la coopération et la coordination (TIKA), la
compagnie aérienne Turkish Airlines, l'Institut Junousa Emre et le fonds Turc
Maarif. Sans compter bien entendu les attachés militaires turcs en service dans
19 pays d'Afrique.
C’est dans cette perspective qu’il faut percevoir la présence
turque en Libye comme un point d'appui principal, permettant
d'augmenter la présence militaire néottomane sur continent africain. Raison pour
laquelle Ankara n'a visiblement pas l'intention de réduire présence militaire et mercenaire. Avec depuis le début de novembre le
remplacement des combattants syriens en Libye.
Du fait de sa
présence militaire, Ankara continuera donc soutenir le gouvernement actuel sous la
conduite du premier-ministre Abd al-Khamid Dbayiba. Et fait mine de s’indigner
de l’insistance sur la question du retrait des troupes étrangères de Libye, par
l’annonce le 13 novembre par l'attaché de presse du président Ibragim Kalyn
dans un interview à l'agence AFP.
La demande du
représentant de M. Erdogan a été la réponse à l'appel international pour
l'évacuation urgente des forces étrangères et des mercenaires de Libye, avec en
tête de file le président français Emmanuel Macron qui lors de la conférence de
Paris a souligné la nécessité de cette étape, arguant que la présence des
contingents armés étrangers menace la stabilité de l'État.
et se poursuit actuellement, animée par le même intervenant, au sein de la classe de soutien
scolaire de Mme Aziza el Meskini, située dans l’une des ruelles du secteur 3 de
Mehdya.
Cette action pilote vise deux objectifs essentiels:
- Rattraper les retards d’apprentissage, dans la langue de Molière et de Driss Chraïbi, des élèves des écoles publiques et privées.
- Enseigner rigoureusement et tout aussi
efficacement la langue française à des apprenants arabophones, compte tenu de
la difficulté qu’ils ont à prononcer correctement les sons du français
Elle s’effectue au moyen d’une méthode pilote d’enseignement
du français, mise au point par l’Atelier d’action culturelle et sociale-AtACS, qui a
déjà à son actif la conception et la mise en œuvre du programme « Dis-le
dans ton livre » au sein de la Maison des Jeunes d’Ouled Oujih, pour le
compte de l’association « Action Graines de Civilisation » fondée à Kénitra
en 2017.
Comment enseigner le français aux écoliers marocains ?
L'approche retenue par l'équipe de l'AtACS part du principe que cette langue leur est beaucoup plus étrange qu'étrangère. Cela dans la mesure où leur langage quotidien, la fameuse "darija", est truffée de mots français accommodés à la sauce marocaine, sans que pour autant, ils soient capables d'en prononcer les sons spécifiques correctement...
Surtout il est très difficile de leur faire comprendre pourquoi en français, un même son peut s'écrire de multiples façons ?
Et pourquoi les vingt-six lettres de l'alphabet de la langue française ne suffisent pas à permettre de la lire car ce sont en réalité près d'une centaine de signes alphabétiques distincts qu'il s'agit de maitriser, de Aà Z , de AIà YMet de ÀàOUIL.
* * *
Mardi 2 novembre 2021
Comment mieux commencer que par le commencement ?
Il s'agit donc tout d'abord d'expliquer à Ritaj (GM), Oumnia et Jannat (CP), Ayoub (CE1), Mohammed et Youssef (CE2), Zineb et Adnane (CM1), Kawtar (CM2) et Aya (1ère AS), que les 26 lettres de l'alphabet de base du français présentent des particularités étranges, en effet.
Par exemple, les lettres "G" et "J" qui ne distinguent pas par le son sauf lorsque le "G" est suivi d'un "A", d'un "O" ou d'un "U" et dont la prononciation impose de distinguer les sons "I" et "é".
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L'incapacité de prononcer distinctement le "G" et le "J" fait d'ailleurs partie des lacunes et des défaillances les plus courantes parmi ce que les tests de niveau permettent de révéler.
De ce point de vue, les élèves de ce cours spécial de mise à niveau en français ont beau être dans des classes différentes, ils sont logés à la même enseigne: connaissance lacunaire de la langue et pratique très approximative.
Et bien que d'eux d'entre eux soient scolarisés dans des établissements privés, ils sont globalement incapables de réciter correctement l'alphabet français; ce qui est admissible pour Ritaj en grande maternelle ainsi qu'Oumniya et Jannat après un mois de classe de cours préparatoire mais s'avère problématique à plus d'un titre pour le reste de la classe.
Quant à Aya, en première année de collège, la seule règle de grammaire française qu'elle a retenue de son cursus primaire se rapporte au verbe avoir, qu'elle énonce en langue marocaine, ce mix d'arabe marocain et de français popularisé par les médias et la publicité :
"Ila khdina le verbe auxiliaire avoir ou conjuguinaH fle passé composé, ka itRayyrou el hourouf anniHaiyya dialou".
Cela suffit déjà à expliquer le découragement et l'indifférence des enseignants confrontés dans leurs classes à une majorité d'élèves souffrant d'un tel handicap.
Cela explique également pourquoi les cours de soutien dispensés en dehors de l'école font globalement l'effet d'un pansement sur une jambe de bois - à part l'occasion qu'ils donnent à toutes sortes d'enseignants de gagner beaucoup d'argent- faute de la pédagogie et du temps nécessaires pour ré-enseigner le français à chaque élève en fonction de son niveau de lacune ou de retard d'apprentissage.
Les encadrants de ces cours de soutien se contentent généralement de leur fournir la solution des exercices scolaires, que leur clientèle d'élèves n'a plus qu'à recopier sans avoir besoin de les comprendre, pour qu'enseignants et parents soient satisfaits.
Cela explique pourquoi on en arrive finalement à entendre un étudiant universitaire parler d' "épéstémologie", au mépris innocent de la spécificité phonétique et de la rigueur orthographique de la langue française, tandis que leurs petites sœurs et petits frères sont très fiers d'annoncer qu'à l'école, ils ont commencé à apprendre "lizalfabi"... au mépris coupable de leurs enseignants pour la mécanicité du langage articulé des lettres de l'alphabet.C'est en somme le b-a-ba de l'enseignement du français qu'il s'agit de refonder, en commençant par la rigueur de sa prononciation, sachant que les Marocains sont réputés pour leur capacité à pratiquer couramment les langues étrangères...
Accessoirement, tout cela explique pourquoi la classe de soutien scolaire en français de Mme el Meskini est gratuite : il s'agit en réalité d'une action d'utilité collective voire de salut public. Ce qui devrait donner matière à réfléchir aux nouveaux élus en panne de solutions de service public; sachant que depuis peu, dans les écoles publiques, des séances de révision sont proposées aux élèves en plus de leurs heures de classe, au sein même de leurs établissement et bien entendu, gratuitement...
Il s'agissait en effet d'empoigner le taureau par les cornes après avoir pris l'exacte mesure de toutes les dimensions du problème: psychologique, pédagogique, sociale, économique et culturelle.
C'est ainsi que les élèves de notre classe pilote ont tout d'abord été confortés dans leur sentiment que la langue française était excessivement étrange et compliquée.
En leur confirmant que les Français eux-mêmes aimeraient bien la simplifier... Mais qu'ils en sont empêchés par la tradition établie et imposée depuis des centaines d'années par une assemblée d'experts nommée l'Académie française.
Et que c'est en vertu de cette tradition que tant de mots français s'écrivent d'étranges façons, notamment lorsqu'il s'agit de tenir compte ou de signaler l'origine grecque ou latine par exemple, des mots en question.
* * *
Jeudi 4 novembre 2021
26 lettres ne suffisent pas...
C'est au moyen d'un abécédaire étendu et illustré, conçu et réalisé par l'équipe de l'Atelier, que les élèves sont invités à se représenter une carte mentale de l'étendue des signes alphabétiques qu'ils s'apprêtent à mémoriser: une petite centaine au total, compte tenu des formes conjuguées des verbes auxiliaires "être" et "avoir".
Youssef ne tarde pas à comprendre la logique qui préside à cet exposé: il y a d'abord les les voyelles, puis les consonnes, puis les lettres accentuées, puis la catégorie des groupes de lettres formés à partir du A, du E, du O et du U et enfin les assemblages de deux consonnes.
De là il est beaucoup plus en mesure d'aborder sereinement l'effort d'apprentissage et d'assimilation qui est attendu de lui.
Les différentes catégories de lettres seront donc étudiées et mémorisées successivement de façon à ce qu'au final, les élèves les perçoivent comme la première panoplie des pièces et des outils mécaniques dont ils se serviront dans leur pratique progressive du français.
* * *
En partenariat avec la classe de Mme el Meskini, l'école-atelier l'Oliveraie Fi Sabil Allahaccueille les élèves en qualité d'apprentis, dans un espace dédié aux activités éducatives et créatives. Précisément ce qui manque le plus cruellement aux enfants de la Qasba et que les prestations de la Maison des Jeunes ne suffisent pas à satisfaire.
L'activité phare de l'Oliveraie est de faire concevoir et réaliser par les élèves-apprentis des histoires illustrées, sous forme d'affiches ou de livres.
Vient ensuite l'atelier théâtre, une activité très demandée par les enfants depuis que la Maison des Jeunes de la Qasba a fait de cet art l'essentiel de ses prestations d'encadrement et d'animation.
L'objectif essentiel de l'Oliveraie étant d'aider les élèves à maitriser la langue française au moyen d'une pratique aussi créative que récréative...
Dimanche 7 novembre 2021
10h30. Khadija, Doua, Houssam,
Mohammed et Seyfeddine frappent à la porte de l’Oliveraie pour réclamer une
séance de travail. Ce qui les attire, c’est le plaisir d’imaginer une histoire
à partir de figurines et de jouets et de la dessiner mais aussi d’apprendre à
la rédiger…
Au
passage, ils sont fiers de faire remarquer qu’ils ont fait l’effort de s’habiller
comme pour aller à l’école : ni claquettes, ni pantoufles, ni pyjamas! Sachant qu'il est beaucoup moins difficile de leur apprendre à lire et à écrire qu'à se discipliner...
Que serait une séance de
travail sans biscuits fourrés au chocolat ?
Une fois n’est pas coutume et puisque
ça n’est pas tous les jours dimanche, cette fois-ci le réconfort a précédé
l’effort !
Au programme de la séance, la
création d’une nouvelle histoire à partir des figurines et des accessoires de
« La Famille des Jouets abandonnés »….
Incapables de se concentrer
plus de cinq minutes d’affilée, Mohammed et Houssam ont préféré aller jouer
dehors… Mais Doua et Khadija sont bien
décidées à réaliser leur toute première histoire et elles se prennent également
au jeu de former à leur tour le petit Seyfeddine.
Les enfants ont choisi les sept
figurines et accessoires de leur histoire avant de se concerter pour la
conception du scénario… Il s’agit à présent d’imaginer l’histoire la plus extraordinaire
possible mettant en scène : un pilote, son avion, son hôtesse de l’air, un
chef indien, un extraterrestre, une tasse de café et un cornet de frites…
1ère étape :
dessiner les personnages et les accessoires de l’histoire.
Le dessin
d’après modèle est un moyen très agréable pour les participants de se mettre
dans le bain de l’effort créatif. Ils découvrent ainsi que dessiner
rigoureusement demande un effort soutenu…
Mais à force de s’appliquer ils
finissent par se réjouir d’être de plus en plus capables de se concentrer sur
les détails des objets à dessiner, de se les représenter mentalement et d’en
reproduire les formes précises.
Toute l’utilité en somme d’une
activité d’éveil psychologique et intellectuel.
L’histoire imaginée par Khadija
et Douaa a été rédigée en arabe marocain. Elles sont encore très loin de
maitriser l’arabe classique et encore moins le français comme outil de
communication.
Mais les élèves-apprentis
comprennent vite que l’essentiel est d’être capable de composer une série de
phrases précises, à l’aide d’au moins un sujet, un verbe et un complément. Et
que c’est précisément cette mécanique linguistique qu’ils doivent maitriser au
moyen des histoires qu’ils prennent plaisir à imaginer.
Sachant qu’une fois le synopsis
mis au point, il pourra être la base d’un travail de rédaction-traduction-adaptation
en d’autres langues, du français au tamazight…
Quant à l’histoire en question,
elle a le mérite d’une fin inattendue : l’Indien et l’extraterrestre sont
les passagers de l’avion ; pendant le vol, l’hôtesse vient leur demander
ce qu’ils désirent consommer, le premier demande un café et l’autre commande
des frites qu’il trouvera finalement meilleures que sur sa planète…
À la surprise des auteures qui
pensaient en avoir fini avec cette étape, impatientes d’en arriver à la
réalisation du livre qu’elles pourront emporter chez elles, elles sont
félicitées pour l’effort créatif mais encouragées à imaginer encore mieux et
surtout encore plus surprenant.
C’est le moment difficile où il
s’agit d’inciter les enfants à se surpasser, à faire mieux que bien alors
qu’ils estiment en avoir assez fait.
La 2e étape,
celle de l’atelier de scénarisation, vient ainsi de commencer.
Elle est amorcée par la
question de savoir ce que le personnage d’un extra-terrestre fournit à priori
comme pistes de scénarisation.
Ce qui aboutit finalement à
l’idée que l’extraterrestre, privé de sa soucoupe volante, est probablement à
la recherche d’un moyen de retourner sur sa planète.
Ce qui explique sa présence
dans l’avion en tant que passager clandestin, évidemment.
À partir de là, on en arrive
vite à imaginer qu’en allant chercher la café et les frites réclamées par le
chef indien, l’hôtesse a découvert l’extraterrestre caché dans la cuisine et
dès lors, il ne restait plus qu’à convaincre le pilote de le déposer à la
frontière de l’atmosphère de la terre pour qu’il puisse prendre une fusée-taxi
et retourner sur sa planète et dans sa galaxie.
Mais comment donner au petit
avion la puissance nécessaire pour voler aussi haut ?
C’est alors que le chef indien a
l’idée de fixer les plumes d’aigle de sa
couronne aux ailes de l’avion... Ce qui fut fait !
* * *
Vendredi 19
novembre 2021
Dernier
jour de vacances de fin de 1er trimestre. Ceux qui espéraient que
les enfants profiteraient de cette semaine pour réviser et consolider leurs
acquis et stimuler leur intelligence et leur créativité, en seront pour leurs
frais. Car ils se sont livrés à cœur joie au jeu et à l’amusement, du football
à la toupie, en se gavant de friandises en tous genres, des chips salées aux
sucettes sucrées… Avec un mot d’ordre qui ressemble beaucoup à : les
cahiers au feu et la maîtresse hors jeu !
Pas
étonnant que dans un tel climat, Youssef, Houssam, Douae et les autres aient
déserté la classe de Mme El Meskini et l’atelier de l’Oliveraie… Sachant que
dans la rue, rien n’est prévu pour encadrer les enfants et leur proposer des
animations dignes de ce nom et que la Maison des Jeunes de la Qasba est généralement
fermée.
Or
que demandent les gens ? Avant tout, de disposer de prestations sociales au
bénéfice de leurs enfants, en marge des prestations scolaires. À commencer par
les classes de révision et de soutien, jusqu’à l’encadrement des enfants dans
la rue. Avis aux élus communaux !
Avec pour enjeu l'épanouissement des enfants quelle que soit la condition sociale de leurs parents.
Samedi 20 novembre 2021
C’est aujourd’hui la journée mondiale de l’Enfant, créée en 1954 sous l’égide de l’ONU et célébrée
chaque année le 20 novembre afin de promouvoir le respect et les droits des
enfants. Le 20 novembre marque également le jour de l’adoption par l’Assemblée des
Nations Unies de la Déclaration des droits de l’enfant en 1959, et
de la Convention
relative aux droits de l’enfant en 1989. Depuis 1990, la Journée mondiale
de l’enfance marque également l'anniversaire de l'adoption la Déclaration et de
la Convention relative aux droits de l'enfant.
En venant à l’école-atelier, Youssef ne se doute pas de la dimension
symbolique de sa présence en ce jour précis. Et lorsque l’explication lui en
est donnée, elle ne semble pas l’émouvoir beaucoup même s’il se souvient avoir
déjà entendu parler des institutions liées à l’ONU… C’était au sujet d’un livre
qui lui avait été offert de la part de l’éditrice Nadia Larguet et qui était consacré
aux sites marocains inscrits sur la liste du patrimoine mondial recensé par l’UNESCO.
Ce qui intéresse Youssef, ce qui le motive énormément depuis quelques
temps, c’est d’imaginer une nouvelle histoire à partir des personnages et des
accessoires de la Famille des jouets abandonnés...