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mardi 9 mai 2023

DESTIN D'UNE NUIT

 


Qasba de Mehdya, lundi 17 avril 2023, 27e nuit de Ramadan

 

LETTRE OUVERTE À M. WALID REGRAGUI, QUI N’A PAS BESOIN DE SES CHEVEUX, LUI, POUR SE FAIRE REMARQUER…

 


Cher Monsieur Regragui,


Avant d’entrer dans le vif du sujet de cette lettre ouverte, permettez-moi de vous féliciter, en vous en remerciant, pour l’exploit que vous avez accompli à la tête de l’équipe nationale de football ; et pour avoir contribué de façon décisive à transformer un groupe d’individualités remarquables en une équipe remarquée.

Pour ma part, je vous suis infiniment reconnaissant d’avoir fait triompher les valeurs morales et spirituelles essentielles de notre civilisation, de l’art spécifiquement marocain de penser, de vivre et d’entreprendre, en nous encourageant à faire toujours œuvre de bonne foi…

Je profite donc de cet élan de performances triomphantes et édifiantes pour vous rapporter et partager mon expérience du football populaire, au titre du programme bénévole d’assistance scolaire, d’encadrement social et d’animation culturelle que j’ai mis en œuvre il y a quatre ans au cœur de la Qasba de Mehdya.

Le nouveau Blog-Notes de Salvadorali: À LA FENÊTRE DU MAÎTRE (lnbns.blogspot.com)

 

Je souhaite attirer votre attention sur certains aspects extrêmement déplorables de la pratique et de la culture populaires du football dans notre pays, loin des exploits honorables et glorifiants de l’équipe nationale dont vous avez la charge ; et qui jettent une ombre fâcheuse sur le tableau d’honneur de ce sport, de ses pratiquant et de ses amateurs.

Il se trouve durant le mois de Ramadan, j’ai été chargé par une famille de donner des cours de mise à niveau en français à leurs deux fillettes âgées respectivement de 7 et 10 ans ; toutes les deux scolarisées dans une école publique, la cadette en cours préparatoire, l’aînée en CE2 et toutes les deux incapables de lire, d’écrire et encore moins de s’exprimer en français. Ces cours avaient lieu à leur domicile, au moment des tarawih, pendant que leurs parents accomplissaient leurs prières à la mosquée Oubeï Ibnou Kaab située en haut de leur ruelle.

C’est ainsi que chaque soir, j’ai pu prendre la mesure du degré de nuisance, particulièrement sonore, des parties de « football » sauvage pratiqué par les enfants dans les rues de leurs quartiers. En me rendant compte que j’étais bien naïf de compter sur l’atmosphère de piété et de recueillement des tarawih ainsi que sur le retentissement de la récitation du Coran par le haut-parleur de la mosquée, pour dispenser mon cours en toute tranquillité.

Car chaque soir, il fallait endurer le vacarme des tirs au but sur les murs ou les portes métalliques des commerces, dont le bruit résonnait jusqu’à l’intérieur des habitations, au point que mes élèves avaient beaucoup de peine à rester concentrées dans leur effort d’application.

La faute aux gamins du quartier qui sortent jouer au "football" mais qui en réalité se défoulent de leurs frustrations plus ou moins conscientes en tapant comme des sauvages voire des enragés sur leurs espèces de ballons, avec au comble de leur plaisir les séances de tirs au but. Faut-il en conclure que la religion du football a supplanté la foi en Dieu dans une part grandissante de la population ?

Du coup on est tenté d’accuser d'impiété les parents qui ne se soucient pas d'expliquer à leurs rejetons que le bruit de leurs jeux de ballon est une réelle nuisance sonore pour le voisinage, en l’occurrence les gens qui aimeraient bien savourer les échos de la 5e prière rituelle pendant Ramadan. En précisant que les familles de la Qasba sont d’autant moins légitimes à laisser leurs enfants jouer au « football » dans leurs rues que depuis la mise en œuvre de la politique d’infrastructure en terrains de proximité, Mehdya en a été suffisamment dotée…

Et sans aller jusqu'à les maudire, on pourrait se contenter d'inciter fermement les parents à ne pas déverser leurs enfants mal éduqués dans les rues, en les interpellant sur le plan de leur responsabilité citoyenne. Car il faut bien que l’apprentissage du civisme commence quelque part...

Le nouveau Blog-Notes de Salvadorali: LE BANC CASSÉ DE LA QASBA DE MEHDYA (lnbns.blogspot.com)

 

Mais il faut de toute façon que nos enfants puissent disposer d'alternatives à leurs amusements de sauvageons, qui doivent beaucoup à l’état d’esprit des supporters « ultra » qui relèvent en fait de la délinquance juvénile.

Ce qui implique de disposer des intervenants nécessaires, afin que dans chaque quartier, les enfants puissent compter sur la présence attentionnée de jeunes adultes en charge de leur encadrement et de l'animation de leurs loisirs, amusements et distractions. Ce à quoi les ressources humaines disponibles dans le cadre des maisons de jeunesse ne suffisent malheureusement pas.

Au rayon des solutions, ce ne sont pourtant pas les moyens d’action qui manquent. C’est d’ailleurs l’objet final de cette lettre ouverte, que de vous soumettre un projet d’action de sensibilisation et d’éducation au bénéfice des enfants et des jeunes adultes en général et des adhérents des associations de football en particulier.

Il s’agit d’un guide illustré de sensibilisation et d’éducation aux valeurs de la sportivité, du civisme et de la citoyenneté qui serait remis à chaque adhérent au moment de son inscription et dont le titre formulé en arabe marocain résume ainsi la problématique :

« Machi ghir lbes « ttouni » bach tsemma kwayri riyadi… »

Tant il est vrai qu’une tenue de football ne suffit évidemment pas pour se prétendre un vrai sportif et un footballeur digne de ce nom.

Une telle entreprise de sensibilisation aux valeurs nobles du sport du civisme et du patriotisme s’avère d’une importance urgente au lendemain du drame qui a endeuillé tout récemment le stade d’Honneur de Casablanca.

Incidents avant un match de Coupe d’Afrique au Maroc, une femme est morte (msn.com)

 

Ce décès d’une supportrice nous oblige en effet à nous mobiliser, afin de déraciner les germes du hooliganisme qui prend souvent sa source dès le plus jeune âge de ces enfants livrés à eux-mêmes dans la rues, avec des ballons pour seul exutoire.

L’idéal serait donc que vous acceptiez d’être le parrain de cette action de sensibilisation et d’éducation, en votre qualité de coach chevronné et surtout de héros populaire adulé par les enfants, les footballeurs en herbe en particulier.

En vous remerciant de l’intérêt que vous avez porté à cette lettre ouverte, je vous prie de croire en ma considération.

Salutations distinguées


Driss Messaoudi

Atelier d’action culturelle et sociale, AtACS Qasba de Mehdya, Kénitra

 


POST-SCRIPTUM


L’évocation que je me suis permis de faire de votre célèbre crâne était le moyen d’attirer également votre attention sur les problèmes posés par la généralisation des fantaisies capillaires inspirées et copiées des footballeurs professionnels dont nos enfants ont fait leurs héros. Au point que leurs coaches au sein des associations-écoles de football se montrent généralement tolérants face à ce caprice de leurs élèves qu’ils préfèrent ne pas contrarier dans leurs mimétismes.

Le premier dommage est que les enfants se préoccupent davantage de leur apparence que de leur personnalité, ce qui les conduit généralement à des surenchères d’originalité dans leurs décorations capillaires, plutôt qu’à se concurrencer en technicité et en créativité sur le terrain.

Le second est que le fait d’encourager les apprentis footballeurs à se distinguer par leurs coupes de cheveux n’est pas pour leur inculquer le sens du jeu en équipe, au sein de laquelle les individualités ont vocation à s’allier.

Mais il est vrai que cela les prépare, comme ils le souhaitent pour la plupart, à se positionner sur le marché des joueurs de football où il s’agit de se faire remarquer le plus possible afin d’être acheté le plus cher possible.  Cela plaide donc également en faveur d’une stratégie éducative visant à renforcer malgré tout les valeurs du football amateur et l’idéal de la pratique sportive en équipe pour le plaisir du jeu, avant et par-dessus tout.

Plaise donc à Dieu Tout-Puissant et Miséricordieux que le destin de cette nuit en particulier soit d’enclencher une prise de conscience citoyenne agissante au service du sport et de la nation.


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