Les premiers pas des nouvelles autorités de Libye dans l'arène internationale donnent l'impression qu’elles sont ouvertes à la coopération avec qui le désirerait. L’impression seulement… C’est ce qui ressort des voyages effectués à l’étranger par le premier-ministre Abdelhamid Dbeiba, notamment en Turquie. Message ainsi délivré à la communauté internationale : les Européens doivent venir ici pour parler avec nous; cependant nous allons à Ankara pour parler avec les vrais créateurs du nouvel ordre de Libye.
<https://greekreporter.com/2021/05/20/turkey-neo-ottoman-designs-knock-on-europe-door/>
Car le partenaire n°1 de cette nouvelle Libye est bel et bien la Turquie, à en
juger par la façon dont comment le président Turc Recep Tayyip Erdogan avait chaleureusement
salué le leader libyen. Officiellement Dbeiba s’était rendu en Turquie dans le
cadre de la première séance du Conseil conjoint de la coopération stratégique. La
Turquie s’empressant pour sa part de faire savoir que malgré le changement de
gouvernement en Libye, sa relation avec Tripoli demeure privilégiée.
<https://www.moroccoworldnews.com/public/2020/01/290627/turkey-hegemony-neo-ottomanism-pan-islamism>
Lors de cette rencontre deux pays ont confirmé l'importance du mémorandum maritime.
Le 14 avril a été marqué par l'annonce que la Grèce et la Libye ont accepté de reprendre les
négociations sur la définition des frontières maritimes. Le nouveau
gouvernement de Libye semble ainsi prêt verbalement à satisfaire les demandes de
ses voisins, mais sa politique réelle ne change pas d’orientation...
<https://www.ft.com/content/2ae60a1d-3f46-4b84-830d-fdfffd30fbcd>
Les délégations de Libye et la Turquie ont coordonné cinq nouveaux mémorandums de
compréhension mutuelle, qui prévoient des projets dans les domaines de la
formation, de l'énergie, des médias et de la reconstruction. Ceux qui s’attendaient
à ce que la fin du Gouvernement d'accord national avec Fayez al-Sarraj entraine
la réduction de l'influence d'Ankara sur Tripoli, constatent en fait, au vu de
ces accords, tout le contraire.
La coopération militaire demeurera la part essentielle, mais avec une
différence dans la mesure de la progression du fait politique, étant entendu
que «toutes les troupes étrangères et les mercenaires» doivent quitter aussi le
pays conformément à l'accord sur la cessation du feu et aux résolutions de l'ONU.
Le but étant d’aider les Libyens à créer une
force armée nationale sûre et effective sans la présence des troupes
étrangères.
La Turquie a souligné qu’elle était toujours attachée à l’exécution rigoureuse
des accords. Toutefois l’un de principaux collaborateurs d'Erdogan, Yasin Aktay
a fait savoir que la Turquie n'envisageait pas de partir jugeant que sa
présence aidera à stabiliser la situation.
Pour
plusieurs états européens, le renforcement du rôle de la Turquie comme principal
défenseur de Tripoli semble avoir retenti comme un signal d’alarme, sachant que
pour le pouvoir turc, cette implantation en Libye met fin à l’ordre établi en 1912,
lorsque l’Empire Ottoman perdit le contrôle de ce territoire.
L'exigence de la communauté internationale que toutes les forces étrangères
et les mercenaires quittent le Libye, conformément à la résolution 2570 du
Conseil de Sécurité de l'ONU du 16 avril, doit pourtant être satisfaite.
Jusqu'ici
les Turcs aidaient à réorganiser l'armée de Libye et la police, de même qu’ils
ont joué un rôle actif à Tripoli au côté des miliciens populaires.
Sachant
que l’incident de Benghazi tend à prouver la constance du soutien turc au
nouveau gouvernement : les forces de Haftar avaient refusé de permettre à
l'équipe de la sécurité du premier-ministre d’y atterrir à moins que Dbeiba ne
se rende au quartier général de Haftar et reconnaitre son autorité. En réponse,
Dbeiba avait annulé le voyage.
<https://www.al-monitor.com/originals/2021/05/turkeys-good-words-not-worth-much-saudi-arabia>
Pour
Ankara la présence militaire en Libye est évidemment le moyen d’atteindre de
plus larges objectifs stratégiques en Méditerranée. Toutefois si le
rapprochement diplomatique d'Ankara avec l'Égypte et Les Émirats Arabes Unis est
couronné de succès, la Turquie pourrait revoir sa stratégie de présence
militaire constante en Libye. Autrement il faut s’attendre à voir le statu quo
perdurer.
<https://atalayar.com/en/content/erdogan-seeks-rapprochement-egypt-and-saudi-arabia>












