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samedi 15 août 2020

MORT ET VIF


Il était un arbre

On n’en finirait pas de comparer le Maroc à un arbre, depuis que le roi Hassan II avait dépeint l’Afrique comme ses racines et l’Europe comme son feuillage… https://www.libe.ma/Feuilles-en-Europe-racines-africaines_a106237.html Sauf que la réalité dépasse parfois l’allégorie. C’est le cas de cet arbre vénérable, qui s’élève de toute sa splendeur végétale au centre de la place Moulay Ismaïl, sur l’esplanade de la Qasba de Mehdia, dans la banlieue côtière de Kénitra. Et qui a fait dire à l’un des familiers du lieu, un de ceux qui viennent chaque soir se rafraichir de la forte chaleur de l’été et décompresser un brin du stress de l’état d’urgence sanitaire, que cet arbre moitié mort, moitié vivant donnait une très juste représentation du Maroc, pour moitié vivant et pour moitié mort.

Mort, le Maroc dont les enfants respectaient leurs parents, mort également celui où la grâce de Dieu habitait tous les cœurs, mort tout autant le Maroc où les gens étaient sensibles à la honte plutôt qu’à la crainte, mort enfin ce Maroc où personne n’aurait trouvé légitime de maudire sa marocanité.

C’est ainsi que tout autour de cet arbre si ressemblant, parmi la foule des femmes, des hommes, des jeunes adultes et des enfants, on pouvait compter nombre de Marocains morts-vivants…


L’ami fantôme

L’homme qui attire ainsi l’attention sur la curiosité du monument végétal de la place Moulay Ismaïl s’appelait Noureddine car il est mort quelques temps après ce soir-là. Il avait eu le malheur de croiser le chemin de deux émigrés sub-sahariens qui à la suite d’une dispute en affaires l’avaient battu à mort.

Mais comme, si puissante soit-elle, la mort n’a jamais vraiment raison des braves gens, c’est comme si Noureddine était toujours vivant…

Et ses paroles résonnent depuis comme le testament d’un vivant-mort parmi les morts-vivants.


Maudits soient les maudisseurs

Leur colère est si grande qu’ils se lèvent chaque matin en maudissant le temps. Cela tient parfois à peu de chose, par exemple pour certains enfants, le fait que leurs parents refusent radicalement de leur acheter tel jouet ou tel vêtement… Tandis que pour certains adultes, l’idée que leur pays ne fait rien pour eux, en dépit de toutes les évidences du contraire, suffit à justifier leur état d’âme.

Sachant que dans la plupart des cas, l’extrême mauvaise humeur des uns et des autres est complaisamment mise en scène dans un paroxysme de détestation qui atteint forcément à l’imprécation et à la malédiction. À partir de là, la pente ne peut qu’être fatale, hélas.

C’est ainsi qu’entre ceux qui jouissent sans retenue du plaisir vicieux de maudire leur pays et ceux qui leur tendent des oreilles complaisantes, une population inquiétante s’agrège petit à petit…

Or, que sont tous ceux qui sont morts pour leur pays mais pas encore vivants pour leur future nouvelle patrie de « candidats à l’émigration clandestine » ? Réponse sans appel de l’ami Nourredine : des espèces de morts-vivants.

 

 ...à suivre!

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