Il était écrit, dans le mystérieux scenario de la vie et du temps, que le regretté Noureddine Saïl ne reposerait pas dans l’au-delà en paix… La 22e édition du Festival national du Film de Tanger, qui avait rendu au Monsieur Cinéma national un hommage solennel, vient en effet de s’achever par un ratage retentissant : l'écrivaine Bouchra Boulouiz et le danseur-chorégraphe Lahcen Zinoune, membres du Jury, ont désavoué le palmarès de la compétition en refusant de participer aux délibérations.
Mme Boulouiz s’en explique ainsi : « violence et vulgarité de certains des films sélectionnés… langage cru et prétendument déshinibé des dialogues… manque de tendresse, d’esthétique et excès de populisme… absence de rigueur dans le choix du jury et [in]compétence à juger un film… verdict rédigé à la va-vite… verdict sanction », rien que ça !
M. Zinoune, pour sa part, se justifie par sa conscience qui ne lui « permet pas de cautionner un choix et des propos qui sont contre [sa] dignité ».
Du coup on en arrive à se poser la question à plusieurs millions de dirhams par film réalisé: à quoi bon faire une cause nationale d’un cinéma aussi peu avouable et financer des réalisations aussi controversées ?
Noureddine Saïl aurait-il eu tort, lorsqu’aux commandes de 2M puis du Centre cinématographique marocain, il avait fait le choix de la quantité plutôt que de la qualité pour motiver les cinéastes marocains et surtout alimenter le marché ? C’est pourtant à son engagement de cinéphile et militant de la valorisation du cinéma marocain et du cinéma culturel que le 7e Art doit la forte dynamique de développement qui le caractérise depuis le début des années 2000, avec notamment le festival national du film rendu annuel et fixé à Tanger…
Quoiqu’il en soit, ceux qui rêvent d’un cinéma marocain dignement populaire, de films à la fois beaux émouvants, intelligents et un peu, voire beaucoup moins désinhibés continuent de ruminer leur frustration. Tandis que ceux qui croient que le cinéma devrait servir davantage à forger l'âme et le corps d'une nation, qu'à distraire les gens en les prenant pour des c., en sont pour ce qu'ils paient d'impôts.
Quand le cinéma ne va pas, c'est qu'au fond rien ne va.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire